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  • Intentions & usages des principales pratiques chamaniques


    Voyage chamanique

    Le praticien, ou la personne en soin, entre dans un état de conscience modifié, souvent grâce au son du tambour. Cet état permet d’accéder à des images, symboles ou récits intérieurs utilisés pour mieux comprendre une situation, trouver des ressources ou obtenir des pistes de guérison.

    Recouvrement d’âme

    Dans certaines traditions, on considère que les chocs émotionnels ou traumatismes peuvent entraîner une forme de “perte de vitalité”. Le recouvrement d’âme vise à restaurer cette énergie perdue en ramenant, par le biais de visions ou symboles, des parties de soi associées à la force de vie et à la créativité.

    Extraction chamanique

    Le soin consiste à identifier et à retirer ce qui est perçu comme une énergie “étrangère” ou nuisible au corps ou à l’esprit. Cela peut se faire par le souffle, les mains, les plumes ou d’autres instruments. L’objectif est de libérer la personne d’un poids ou d’un blocage.

    Harmonisation énergétique

    Le praticien agit pour équilibrer ce qu’il perçoit comme des désordres dans le flux d’énergie de la personne. Cela peut passer par le son (tambour, chant), le souffle, ou par le contact des mains. Le but est d’apaiser, de remettre en mouvement ce qui semble figé.

    Nettoyage spirituel

    Il s’agit d’un rituel de purification. On utilise souvent la fumée (sauge, bois sacré, encens), le son (hochet, cloche), ou le mouvement (plumes, souffle) pour “nettoyer” l’espace ou la personne. Ce soin est proposé quand quelqu’un se sent “chargé”, lourd, ou après un événement difficile.

    Soin par les plantes sacrées

    Selon les cultures, certaines plantes sont utilisées pour soigner ou ouvrir la perception (cacao, tabac mapacho). Leur usage est encadré par des rituels précis et demande une grande prudence. Dans un cadre thérapeutique sérieux, elles sont employées pour favoriser une introspection profonde.

    Soin par le tambour et les chants

    Le son agit sur le système nerveux et favorise un état de relaxation ou de transe. Le tambour, les chants ou les mantras sont utilisés pour calmer, recentrer, ou soutenir une transformation intérieure.

    Psychopompe

    C’est l’accompagnement d’une âme après la mort, pour l’aider à “trouver son chemin”. Dans certaines cultures, ce soin est pratiqué pour faciliter le passage du défunt et soutenir les vivants dans leur deuil.

    Divination chamanique

    Le praticien interroge ses visions ou ses alliés symboliques pour apporter des réponses à une question. Cela peut concerner une décision à prendre, une orientation de vie, ou la compréhension d’une difficulté. Ce n’est pas une prédiction, mais une manière de proposer une lecture symbolique de la situation.

    Transmission d’animaux de pouvoir

    Dans de nombreuses traditions chamaniques, un animal symbolique incarne des qualités de protection, de force ou d’intuition. Le soin consiste à identifier et transmettre à la personne un lien avec cet animal, afin qu’elle puisse s’en inspirer ou s’y relier.

    Rituel de passage

    Ces rituels accompagnent les étapes importantes de la vie : puberté, mariage, maternité, séparation, maladie, vieillesse, mort. Ils permettent de marquer symboliquement le changement et d’apporter un cadre pour l’intégrer.

    Soin collectif ou cercle de guérison

    Un groupe se réunit pour soutenir une ou plusieurs personnes. Le tambour, le chant, le silence ou la parole y sont utilisés pour créer une dynamique d’entraide et de résonance.


    Pratiques associées

    • Danse et transe chamanique : utiliser le mouvement et la respiration pour libérer des émotions et retrouver une vitalité.
    • Travail avec les éléments : rituels autour de l’eau, du feu, de la terre ou de l’air pour se reconnecter à une dimension symbolique de la nature.
    • Rituel d’offrandes : déposer de la nourriture, du tabac, des fleurs ou d’autres présents dans un lieu, comme geste de respect et de gratitude.
    • Cérémonie du feu : brûler un objet, un écrit ou une intention pour signifier la fin d’un cycle et la transformation.
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  • Courants du chamanisme 1

    Définitions et repères


    Pourquoi parler de « chamanismes » au pluriel ?

    Le mot « chamanisme » est un terme comparatif forgé par des observateurs extérieurs. Il met sous une même étiquette des pratiques locales très différentes. Quand cela est possible, il est préférable d’employer les noms autochtones : angakkuq (Inuit), oyuun/udagan (Sakha–Yakoutes), miko/itako (Japon), paqos (Andes), vegetalistas/onaya (Amazonie), etc. Tous ne se reconnaissent pas dans le mot « chamane ».


    Repères communs (définitions utiles)

    Spécialiste rituel. Une personne choisie par vocation, apprentissage, crise ou héritage. Elle médie entre humains, esprits de la nature, ancêtres et maîtres d’animaux.

    Techniques et dispositifs. Transe ou possession, chants et souffles, tambour, masques et costumes, jeûnes et bains, rêves initiatiques, régimes alimentaires, plantes (selon les régions), offrandes et tabous.

    Fonctions. Guérir et apaiser, deviner et conseiller, accompagner les âmes, rétablir l’équilibre entre les vivants, le territoire, les cycles et les puissances.

    À retenir : il ne s’agit pas d’une « religion universelle », mais de métiers du lien au monde, multiples et situés.


    Courants régionaux

    1) Sibérie (Evenki/Toungouses, Sakha–Yakoutes, Tchouktches…)

    Traits saillants.

    • Aller-retour de l’âme : voyages extatiques pour négocier avec les esprits, retrouver une « âme perdue » ou escorter un gibier.
    • Tambour : instrument central, parfois considéré comme un « renne » ou une « barque » qui transporte le praticien.
    • Esprits auxiliaires : aidants hérités, adoptés ou domestiqués (esprits d’animaux, ancêtres, maîtres de lieux).
    • Initiation : crise de maladie, rêves d’enseignants, fabrication d’un costume chargé de signes.

    Termes locaux (exemples). Evenki : šaman ; Sakha (Yakoutes) : oyuun (praticien), udagan (femme). On rencontre aussi des formes de « chamanisme familial » où les fonctions sont tenues au sein de la parenté.

    Fonctions courantes. Soins (extractions symboliques, réintégrations), divination, protection des troupeaux de rennes, gestion des hasards de la chasse.


    2) Japon (miko, itako et traditions voisines)

    Médiumnités de possession.

    • Miko : desservantes de sanctuaires, danse, oracles, rituels de purification. Dans l’histoire, ces fonctions ont varié selon les époques et les régions.
    • Itako (Tōhoku) : femmes, souvent non-voyantes, spécialisées dans le kuchiyose (appel des défunts) et le conseil. Formation ascétique et chants rituels.

    Repères historiques. Des récits anciens évoquent des cheffes voyantes (ex. la reine Himiko), et des lignées de femmes et d’hommes médiums. Les pratiques contemporaines existent encore mais se transforment.

    Fonctions courantes. Oracles, consolation des familles, apaisement des esprits, bénédictions et passages de vie.


    3) Canada (Inuit & Algonquiens)

    Inuit : l’angakkuq.

    • Rôle. Médiateur entre la communauté et les tuurngait (esprits auxiliaires), gardien des règles (tabous de chasse, pureté) et négociateur auprès des maîtresses/maîtres des animaux marins.
    • Pratiques. Chants, confessions publiques, voyages en esprit, régimes et abstinences, « libération » d’un mal accroché à quelqu’un.

    Algonquiens (Ojibwés, Cris, etc.) : la « tente tremblante ».

    • Jiisikaan/Jiisakaan (shaking tent) : un dispositif rituel où l’officiant dialogue avec des esprits pour divination, diagnostic et conseil. Décrit dès le XVIIe siècle, il a connu des continuités et des transformations jusqu’au XXe.

    Fonctions courantes. Guérison, orientation pour la chasse et les déplacements, résolution de conflits, rétablissement du lien avec les animaux-personnes.


    4) Pérou

    Deux grandes familles de pratiques coexistent et dialoguent :

    A. Andes (Quechua/Aymara).

    • Spiritualité des huacas et des apus (forces des montagnes, sources, rochers) transmise par des récits et des offices.
    • Offrandes et réciprocité (ayni) : paquets rituels, libations, fumigations, processions. Aujourd’hui, des spécialistes appelés paqos servent d’intercesseurs, souvent sans transe spectaculaire.

    B. Amazonie péruvienne.

    • Végétalisme (chez des guérisseurs dits vegetalistas ou onaya) : régimes d’apprentissage avec des « plantes-maîtres », diètes, chants ícaros qui « guident » les soins.
    • Ayahuasca (selon les groupes) comme outil de diagnostic, de vision et de soin, au sein d’un cadre rituel précis.

    Fonctions courantes. Soins individuels et collectifs, rééquilibrage relationnel, protection, recherche d’un « bon chemin » pour la personne et sa maisonnée.


    Glossaire bref (quelques mots à connaître)

    • Angakkuq (Inuit) : spécialiste rituel, médiateur avec les tuurngait.
    • Itako / Miko (Japon) : médiums et officiantes ; kuchiyose : séance d’appel des défunts.
    • Jiisikaan / Shaking tent (Algonquien) : dispositif de consultation et de divination.
    • Oyuun / Udagan (Sakha–Yakoutes) : praticien·ne de type chamanique.
    • Paqo (Andes quechuas) : officiant des offrandes et de la relation aux apus et à Pachamama.
    • Vegetalista / Onaya (Amazonie) : guérisseur qui apprend auprès des « plantes-maîtres ».
    • Ícaro : chant rituel qui guide, ouvre, apaise, ou protège selon son « chemin ».

    Pour aller plus loin (quelques traductions et classiques)

    (Sélection indicative, utile pour une bibliographie en bas de page ; les références existent en français ou en anglais selon les titres.)

    • Sibérie : S. M. Shirokogoroff, Psychomental Complex of the Tungus (1935) ; W. Sieroszewski, Les Yakoutes (1896, trad.) ; W. Jochelson, The Koryak (1908).
    • Japon : Hori Ichirō, « Shamanism in Japan » (Nanzan Institute) ; études sur les itako (Tohoku) et la possession oraculaire ; mentions anciennes de la reine Himiko.
    • Inuit : Knud Rasmussen, Intellectual Culture of the Iglulik/Hudson Bay Eskimos (1929–1930).
    • Algonquiens : Åke Hultkrantz, « Spirit Lodge / Shaking Tent » ; Harvey A. Feit sur la tente tremblante crie.
    • Andes : Manuscrit de Huarochirí (Quechua, c. 1600 ; trad. Frank Salomon & George L. Urioste).
    • Amazonie péruvienne : Luis Eduardo Luna, Vegetalismo (1986) ; Graham Townsley, « Song Paths » (1993).